Episode n°0: L’agglomération avant la Communauté Urbaine, un territoire au cœur des mutations urbaines



Publié dans l'épisode n°0 - L'agglomération avant la Communauté Urbaine le Vendredi 30 janvier 2009.
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L'agglomération vue du ciel

Il y a une agglomération avant la Communauté ! Et l’agglomération lyonnaise ne date pas d’hier…

Jusqu’au 18ème siècle, malgré l’existence d’un faubourg à la Guillotière, Lyon reste une ville centrée sur la presqu’île et le Vieux Lyon. C’est avec la révolution industrielle qu’elle va connaître une forte expansion démographique et économique. A partir du 19ème siècle, Lyon sort en effet de son carcan entre Rhône et Saône. La construction du pont Morand et l’endiguement des berges du Rhône font d’elle la ville-centre d’un ensemble urbain dont l’extension vers sur le Sud et l’Est incorporera un nombre croissant de communes.

A la veille de la création de la Communauté Urbaine, alors que les « trente glorieuses » connaissent leur zénith, ce territoire connaît une situation quelque peu paradoxale. La vie d’agglomération paraît bien réelle mais elle semble passer inaperçue aux yeux des autochtones. Cisaillé par les frontières départementales de l’époque, l’ensemble de l’agglomération est confronté aux bouleversements que connaît la société française. L’heure est à l’urbanisation accélérée du pays, sous l’effet de quatre phénomènes majeurs : l’exode rural, l’industrialisation, le baby-boom, la décolonisation. C’est aussi l’époque de l’entrée dans la société de consommation et de l’automobilité. Qu’en était-il en région lyonnaise ? Avec quels besoins pour le territoire ?


Avec les témoignages vidéos de :

Charles DELFANTE, Jacques MOULINIER, Jean PELLETIER, Bruno POLGA, Laurent SAUZAY, Franck SCHERRER et Pierre-Yves TESSE


Au sommaire de cet épisode :

  • Une vie d’agglomération parasitée par les frontières départementales (voir les vidéos)
  • Face aux bidonvilles lyonnais, le progrès des grands ensembles (voir les vidéos)
  • Le temps où l’automobile était reine en ville (voir les vidéos)
  • L’économie lyonnaise dans l’élan des trente glorieuses (voir les vidéos)
  • Une nouvelle donne politique avec l’arrivée de Louis Pradel à Lyon (voir les vidéos)
  • Au prochain épisode



  • Un commentaire pour “Episode n°0: L’agglomération avant la Communauté Urbaine, un territoire au cœur des mutations urbaines”

    1. Pierre Malhière | Vendredi 30 janvier 2009 à 9:37

      QUARANTE ANS DU GRAND LYON : les finances aussi

      Dans la célébration Internet des quarante ans de la Communauté Urbaine, on ne trouve aucun «épisode» sur les grandes questions administratives et d’organisation interne de l’institution1. Certes, le personnel, les finances, «l’administration générale» ne sont que des moyens, et ces services - les plus humbles de la «maison» - ont toujours tenu à rester dans l’ombre pour laisser la priorité aux objectifs, comme il est normal. De plus, ces questions sont en grande partie les mêmes dans toutes les organisations, il y eut pourtant des spécificités communautaires. Tout le monde aujourd’hui a oublié qu’on ne donnait pas longtemps à vivre à ce «machin»2, et la première plaquette (ronéotypée !) s’intitulait «la COURLY a cinq ans» avec un air de défi.

      On se limite ici à certains aspects budgétaires et fiscaux de 1971(et même 1968) à 19903.

      a) Tout d’abord, dans ces domaines, les débuts de la Communauté ont été particulièrement acrobatiques : la gestion de la trésorerie par exemple fut dramatique durant toute l’année 1969.
      b) Ensuite, la structure devait faire face à des problèmes de taille mais aussi de diversité : sa population était à peine le double de celle de la ville-centre, mais la Communauté avait pour interlocuteurs cinquante six4 municipalités, toutes plus ou moins hostiles ; la Ville de Lyon était aussi une «grosse machine», mais les arrondissements n’avaient à l’époque que des fonctions symboliques et aucune structure propre.
      c) Elle avait également à défendre sa nature juridique d’établissement public, aux attributions certes étendues à un degré encore jamais vu, mais non générales ; les élus municipaux voulaient mettre à sa charge et en vrac n’importe quel sujet coûteux et/ou impopulaire, le suffrage indirect n’ayant pas que des inconvénients ! L’Etat n’était pas le dernier et à chaque débat budgétaire l’opposition d’alors dénonçait la Communauté comme le cheval de Troie du transfert de charges financières, et il est bien vrai que l’Etat réclamait sans cesse des fonds de concours, voire des prises en charge, sur des dépenses lui revenant (transfert de l’Ecole du Service de Santé, ENS…).
      d) Enfin, la structure communautaire soulevait des questions financières et fiscales inédites.

      Pour finir cette introduction, attention aux anachronismes et aux analyses amnésiques : il faut avoir été dans la structure pour mesurer ce qu’était la vie locale concrète avant la décentralisation ; ou dans un autre domaine, ce qu’était le travail quotidien avec les machines à écrire et le papier carbone, une seule photocopieuse pour tous les services administratifs, et des machines à calculer électro-mécaniques : la préparation d’un budget était aussi un prodige matériel5.

      1 - La création concrète… aux Finances aussi

      Certains jours, M.Meulet racontait son année 1968, comme SGA de Villeurbanne travaillant pour une Communauté n’existant pas encore ; une année passée avec les cinquante six budgets communaux étalés dans la salle du Conseil municipal pour imaginer un Budget primitif 1969, belle oeuvre de science-fiction : consolider Lyon et Fleurieu sur Saône aurait fait rire si cela n’avait pas été obligatoire ! Seul celui qui a confectionné un budget peut savoir la masse d’informations, parfois étonnantes, cachées derrière chaque ligne. Comment extirper de crédits classés dans des nomenclatures comptables différentes6 ce qui devait passer à la Communauté dans une dépense ou une recette alors globale ? L’analyse des comptes 1969 et 1970 reste à faire et elle devra être plus qu’indulgente, admirative.

      L’absence de tout fonds de roulement initial a provoqué des difficultés exceptionnelles de trésorerie aux dépens des entreprises, et des improvisations avec la Ville de Lyon et le Trésor. Par remords, il en est resté toujours une attention aiguë aux délais de paiement des fournisseurs, très inhabituelle dans le secteur public des années 1970 et 1980. Il en est resté aussi une gestion longtemps beaucoup trop prudente des fonds, malgré quelques réflexions inabouties.

      2 - Face aux municipalités

      Le budget est par définition le lieu véritable des affrontements et la pierre de touche du courage. A l’origine, son élaboration présentait dans le cadre communautaire, une particularité fort encombrante : l’avis obligatoire de l’Assemblée des Maires sur le projet ensuite soumis au Conseil, puisque le nombre des conseillers ne permettait la représentation individuelle des plus petites communes. Ceci donnait lieu, chaque Hiver dans les locaux déserts et glacés du Palais de la Foire, à un Samedis très tendu, commencé tôt et fini fort tard ; les quatre fonctionnaires présents en sortaient désenchantés, faute de consignes des élus pour «boucler» dans l’équilibre, à quelques heures de lancer les nombreuses opérations matérielles (fabrication, reproduction et diffusion avec les moyens matériels de l’époque) en vue de la mise au vote.
      La réforme de 1983, tout en alourdissant gravement le nombre de sièges délibératifs, permit au Vice Président Jourdana de supprimer cette journée éprouvante, pendant laquelle ses collègues vice-présidents «dépensiers» menaient (légitimement) chacun pour sa délégation, un jeu pervers en présence de l’opposition ; laquelle non moins naturellement y puisait les arguments à développer en séance publique et devant la presse contre l’Exécutif en place. Sa décision radicale eut quatre conséquences : le «marathon» budgétaire devint un peu moins long ; les arbitrages purent se faire au sein d’un Bureau qui ne comprenait que la majorité, donc plus efficacement grâce au huis clos ; la vision «communaliste» des crédits disparut rapidement du budget, se reportant, plus sainement, dans la gestion de chaque service et chaque commission7 ; mais surtout, cela permit d’inverser la logique : le montant annuel d’emprunts était bloqué a priori, alors que M. le Vice-président Pitiot se voyait auparavant contraint de l’augmenter au fur et à mesure des revendications de dépenses, avec les graves conséquences que l’on verra au point suivant.

      3 - Investissement et endettement

      L’agglomération lyonnaise n’était pas «en retard», contrairement à ce qu’indiquent certains participants. Les demandes étaient gigantesques mais il n’y avait pas de retard sur les autres agglomérations, hormis Paris qui bénéficiait à l’époque d’un régime hors normes.

      Des manifestations publiques réclamaient des collèges à la place des baraquements qui, à Lyon comme ailleurs, couvraient presque toutes les places publiques. L’effort fut colossal, à commencer par les achats de terrains, puis les travaux. L’entretien fut également soigné, le Département et la Région furent bien contents de trouver des locaux (y compris «COSEC» puis gymnases) construits à la hâte mais avec soin et en bon état d’entretien8. Partant d’une situation mauvaise - mais pas plus que les autres - la Communauté en 1985 avait plutôt mis l’agglomération en avance et elle la dispensa des péripéties des modernisations de collèges ou lycées en Ile de France ou ailleurs9.

      Marseille, la rivale traditionnelle, n’a épuré ses effluents que plus de vingt ans après la COURLY, et n’a «attaqué» la question de ses ordures ménagères qu’assez récemment. Ceci entraînait de belles empoignades dans les séances publiques du Conseil, la fiscalité et les redevances étant bien plus faibles à Marseille (alors socialiste) pour les uns, mais avec un niveau de service sans commune mesure rappelaient les autres.

      3.1 - D’autres intervenants évoquent les «cathédrales», l’assainissement, la production d’eau, les voiries indispensables, il manque à cette liste d’autres dépenses moins voyantes, comme la première modernisation de la collecte des OM, les engins de secours,…

      Les premiers budgets ont eu à porter des sommes énormes pour la part communautaire du Tunnel sous Fourvière, plus le Centre d’Echanges qui devait accompagner un projet de la SNCF de rééditer l’opération Maine-Montparnasse ; «le coup était parti» quand la SNCF s’avisa que la ligne à grande vitesse serait électrique et non pas «turbo» et qu’elle ne pourrait pas passer par le tunnel, revenant de Perrache au site de la Part Dieu qu’elle avait méprisé dix ans avant.

      Plus tard, il y eut Eurexpo (et donc d’un seul coup tout le collecteur Nord et le rachat des centaines d’hectares de l’Etat à Chassieu-St Priest10). Il y eut plusieurs importants «échanges compensés» de terrains militaires (Gerland, Vaise, Félix Faure….) et l’acquisition des périmètres de protection des captages, bien avant d’autres agglomérations. Il y eut une Gare - encore ! -, et ses accès puisque le projet de la Part Dieu avait pris acte du refus initial de la SNCF et organisé ce secteur d’une tout autre façon.

      Dépourvue de trésorerie initiale, la Communauté avait en revanche hérité des dettes en cours des communes pour les biens transférés, opération inévitablement approximative dans laquelle les communes ont rarement joué le jeu11. «Dans la corbeille de la mariée, il n’y avait pas de dot, que des dettes» disaient les élus «financiers», relevant qu’aucune commune n’avait baissé sa fiscalité : tout le monde, Etat, municipalités, presse… accusait l’établissement public de venir «ajouter une colonne» aux impôts, alors que les communes n’avaient pas ajusté les leurs. Interrogé un jour par une délégation étrangère sur le moyen de savoir si une agglomération française était dotée ou non d’une Communauté, M.Meulet répondit qu’il suffisait de regarder si les mairies étaient neuves et s’il y avait une salle des fêtes municipale luxueuse.

      L’investissement a été une obsession, une raison d’être de la Communauté, M.Meulet répétant à chaque occasion que malgré la rapidité cela devait se faire dans une vision d’agglomération. Tout le monde, vraiment tout le monde, trouvait le périmètre communautaire démesuré ; l’étude du Groupe Planification prouva que les zones constructibles, déjà en retrait sur les PUD antérieurs, ne pourraient jamais être desservies en VRD dans des conditions financières raisonnables.
      Le seul véritable avantage intercommunal se trouvait dans la DGF spécifique, perçue par la Communauté sans pour autant peser sur celle de chaque commune, avec un montant élevé vu le faible nombre de bénéficiaires en France.

      3.2 - Pendant quinze ans, la Communauté a consenti un effort technique colossal, dont ses élus et agents de l’époque tirent fierté, mais au prix d’un endettement non moins colossal, malgré des subventions de l’Etat qui feraient rêver aujourd’hui.

      Certaines contributions à ces «Quarante ans» montrent que 1983 a été un virage en aménagement. Il y eut un virage financier encore plus net mais non médiatisé. M.Pitiot Vice-président délégué aux Finances de 1969 à 1983, les rapporteurs généraux des budgets (en particulier M.Véron), M.Meulet, et M.Crespi,, avaient «fait passer le message» sur de graves alertes (le déficit net des Budgets annexes de l’Eau et de l’Assainissement à quoi s’ajoutait le blocage pur et simple de leurs tarifs; la mise en jeu de garanties d’emprunts dans les opérations d’urbanisme ; le déficit - encore - des Offices communautaires d’HLM, l’évolution des finances du «STCRL» futur SYTRAL… ) et une épargne nette devenu quasiment négative. M.Jourdana en droite ligne avec son prédécesseur, put alerter Francisque Collomb, Charles Béraudier et quelques autres membres de l’Exécutif sur la nécessité d’un changement radical mais qui devait rester discret.

      Dès mon arrivée à la Direction, j’avais établi le graphique effarant des capitaux restant dus et des annuités pour les vingt ans suivants. S’y ajoutait la suppression des subventions spécifiques dont la Communauté avait bien bénéficié et dont il faudrait emprunter aussi le montant.

      En 1983 aussi, nous avons «flairé» qu’un jour les collectivités ne bénéficieraient plus de prêts à conditions privilégiées12, en effet rapidement réservés au logement social ; donc taux en forte hausse et durées fortement raccourcies, il fallait corriger très vite, très fort et même anticiper. Le programme d’emprunt 1984 fut ramené à moins de la moitié du précédent. L’autofinancement devint une obsession dans la gestion quotidienne des lignes budgétaires et des résultats, sans ralentir l’investissement pour autant, en «grappillant» sur toutes les marges de manoeuvre. L’Exécutif avait également décidé de ralentir les charges de personnel, et un calcul très poussé de prévision de ces crédits fut inventé avec l’équipe de Lucien Belzunce, mon collègue du service du Personnel, avec des effets considérables étant donné le poids relatif de ces charges.

      Avant les autres, nous fûmes conscients pour nos emprunts d’en être réduits aux ressources du marché financier, mais via le monopole de fait de la CAECL (futur Crédit Local, futur Dexia…) et exposés à un étranglement : les investissements 1982 n’avaient pu être couverts qu’avec un emprunt trouvé en désespoir de cause à 16,6%, qui aura obéré longtemps les comptes. Ce fut une des hantises de M.Meulet et moi, et je convainquis les décideurs de diversifier nos financeurs et même de nous présenter seuls sur le marché obligataire, obtenant d’excellentes conditions, ce dont la CDC et la CAECL furent très mécontentes.

      Nous nous inquiétâmes des conséquences des garanties d’emprunt, accordées principalement aux logements sociaux : le montant des garanties dépassait très largement celui de nos propres dettes, il augmentait deux fois plus vite que ce dernier, et on pouvait craindre un effondrement financier du logement HLM ; il y avait un risque budgétaire cataclysmique et ce risque pouvait parfaitement être mesuré par nos prêteurs, qui nous le feraient payer cher ; d’où quelques efforts de rationalisation, bien entendu sans renier les obligations de l’établissement public.

      Enfin, nous mîmes au point le moyen de répondre budgétairement à des alea sérieux (incendie au port Edouard Herriot en 1987, quelques déneigements véritablement sévères, contentieux des tranchées EDF…) tout en sauvegardant les crédits en cas d’absence de mauvaise surprise.

      Dans tout ceci, tout n’était pas particulier à la COURLY, mais la taille et la vocation de l’établissement rendaient ces points beaucoup plus sensibles que pour les communes, et son fonctionnement était très différent.

      4 - Fiscalité

      On a vu plus haut «l’exploit» du Budget primitif 1969 ; encore avait-on la chance à l’époque de ne voter que le produit des quatre taxes communautaires : jusqu’en 1980, ce sont les Services Fiscaux qui calculeront le taux applicable à chaque cédule dans chaque commune ; l’opération sera d’ailleurs purement mécanique, les bases restant ce qu’elles étaient (et qu’elles sont encore quarante ans plus tard), il y avait autant de taux communautaires d’imposition que de taxes et de communes !

      Ces taux furent obligatoirement resserrés par cinquièmes de 1981 à 1985, il n’y eut plus qu’un taux communautaire de chaque taxe sur tout le territoire13. Ceci provoqua naturellement les protestations indignées des municipalités des communes subissant une augmentation répétée pendant cinq ans, et sans compliments de celles chez qui le contribuable connaissait une baisse du taux communautaire, souvent absorbée par la commune, il faut bien le dire : le total était inchangé, mais la répartition profitait à la commune et non au contribuable.

      Je me rappelle avoir donné un graphique de «l’entonnoir» des taux à M.Jourdana qui s’en servit partout où la Communauté était mise en cause en ajoutant que le nom de ces communes serait donné à qui le voulait… cela suffisait à calmer l’ambiance, car tous les secteurs géographiques, tous les types de tissu économique ou d’habitat, toutes les orientations politiques se trouvaient aussi bien parmi les «gagnants» que les «perdants»14.

      L’étape suivante de l’intégration fiscale était l’adoption de taux communautaires d’abattements aux bases de la Taxe d’Habitation, sujet aussi explosif que le resserrement des taux, que la Loi prévoyait mais ne rendait pas obligatoire. Contrairement au resserrement, les élus étaient donc face à leurs responsabilités. Malgré des calculs très développés avec un des premiers ordinateurs disponibles, des options de plus en plus fines, et des échanges entre élus de tous bords avec le doigté nécessaire, notre optimisme fut démenti à deux reprises. Révélateur… même si la TPU a supprimé la question.

      L’Exécutif 1983 décida une baisse des taux communautaires, par choix politique, mais aussi pour traduire la réduction des compétences quant aux collèges et lycées (environ 40% de la dette mais l’annuité restait à notre charge) et quant aux services d’incendie et secours, très lourds en personnel. L’exploitation politique et médiatique de la chose fut modeste, et l’Exécutif suivant, bien éclairé sur ce dossier, revint sur ce choix.

      Remarques finales

      Sa taille, ses moyens, ses ambitions, la nécessité de s’affirmer dans un contexte hostile… tout cela, et la poigne de quelques fonctionnaires visionnaires, a permis à la Communauté des innovations multiples ; les techniciens le soulignent dans leur domaine. Il y en avait aussi en matière administrative : certaines font sourire aujourd’hui mais elles singularisaient vraiment la Communauté dans les années 1970 et 198015.

      Des innovations voulues :
      Bilan d’activités détaillé dès 1969-70
      Première prospective financière en 1975
      Création dès 1977 d’un service de formation continue, d’un service de prévention des accidents et maladies professionnels, d’un «vrai» service juridique, d’un «vrai» pré- archivage… (et un juriste en urbanisme en 1971 !)
      Démarrage dès 1982 d’un contrôle des gestions déléguées (le concept existait à peine, le terme était inconnu16… la pratique a devancé la théorie)
      Expérimentation nationale de la nouvelle comptabilité des services d’eau et d’assainissement (1987), participation à la définition de la future instruction comptable M14 (à partir de 1988)

      Des «innovations» subies :
      Première intervention massive de la CRC nouvellement installée (1984), dans un climat hostile pour des raisons de «culture», de méthode et des arrière-plans politiques.
      Premier contrôle fiscal d’une collectivité locale française, par une Brigade nationale fort désorientée, et dont le Service des Finances sortit la tête très haute (1987).
      Liquidation comptable et clôture du compte TVA de la Régie des Eaux (un an et demi de travail en 1986-87)

      Des innovations au Service des Finances :
      Suivi permanent et systématique des délais de mandatement des dépenses (1985)
      Premières études systématiques des bases des quatre taxes directes, avec le concours précieux et bienveillant du Chef du Centre d’Assiette à la DSF (à partir de 1986)
      Lancement d’emprunts obligataires (en obtenant un visa étonné de la COB, aujourd’hui Autorité des Marchés Financiers), et premières émissions locales à taux variable en France… aux mêmes conditions que le Trésor !
      Première approche théorique - en dirigeant un stagiaire - d’une consolidation des comptes de la Communauté et de ses satellites de toutes sortes (1988)
      Premier calcul - fort approché - des coûts de revient des diverses activités du Service17 (1987)
      Un attaché en stage extérieur initial dans un cabinet de conseil juridique et fiscla, au grand effroi du CNFPT

      mais aussi…
      Echec retentissant de la première tentative (1978 !) de gestion de l’investissement AP/CP
      Recherche vaine d’un coût global par type d’équipement, complexe et dont on a fini par comprendre qu’elle ne servait à rien pour mieux décider… (1975-1978).

      Pierre MALHIERE, (1971-1990)

      Notes

      1 Une erreur : le premier Secrétaire général, jusqu’en 1970, a été M.Edouard Méthendier, ancien SG de Lyon, avec pour unique adjoint, Directeur des Finances, M.Henri Meulet, issu de la Ville de Villeurbanne.
      2 L’expression était employée, en référence à l’appellation gaullienne de l’ONU.
      3 Le personnel notamment mériterait aussi des témoignages de l’époque : par exemple sur la première paie d’agents en plein «remue-ménage» administratif et matériel ; moins épisodique, le retour forcé des personnels de service après la «nationalisation» des collèges et lycées : Louis Pradel prit la difficile décision de conserver à charge - mais inemployées car réellement difficiles à reclasser - plus de cent agents très modestes, femmes souvent seules, souvent d’origine étrangère que l’Etat n’avait pas voulu reprendre. Rappelons aussi la fermeture des abattoirs de Gerland.
      4 Rillieux et Crépieux la Pape n’avaient pas encore fusionné
      5 Hommage aux avancées pré-informatiques puis informatiques d’Antoine Crespi, Directeur des Finances de 1970 à 1983
      6 M10 en dessous de 10 000 habitants, M11 pour une douzaine de communes
      7 Voir la «saga» de la passerelle du Palais de Justice ou du pont «de la Boucle» (W.Churchill)
      8 La vérité oblige à dire qu’une des premières observations de la Chambre Régionale des Comptes en 1985 fut que ces dépenses étaient excessives, puisqu’elles étaient supérieures à la moyenne nationale ! Ravi d’un tel reproche, l’Exécutif se rengorgea
      9 Ayant reçu en stage de futurs principaux de collège venant d’autres régions, je peux témoigner de leur satisfaction étonnée…
      10 «Nous réalisons la halle, vous n’avez que le reste à votre charge» déclara la CCI, sans rire…
      11 Du côté des actifs, M.Meulet disait qu’une commune disposant de deux camions ne nous avait pas transféré le meilleur ! Notons qu’en 1986, la Communauté conservera à sa charge ses emprunts contractés pour ses innombrables collèges et lycées, «mis à disposition» gratuitement du Département et de la Région !
      12 A vrai dire, les conditions antérieures étaient plus avantageuses que l’inflation
      13 Bien sûr, cela ne faisait qu’accentuer les aberrations dues aux bases, mais ce n’était pas une raison pour garder le «capharnaüm» antérieur
      14 gagnants ou perdants dans un simple rééquilibrage, c’est le passé qui était critiquable
      15 Je rencontrais parfois un peu d’incrédulité dans certaines réunions nationales, les moqueurs de l’époque se sont ravisés peu à peu ! Mais la consigne du Secrétaire général était systématiquement de ne pas mettre en avant la «maison», souffre-douleurs de l’Etat, et cible permanente de la presse…
      16 Contribution remarquée de la Communauté au premier groupe de travail national à l’Inspection Générale de l’Administration en 1986
      17 Le Service du Nettoiement et Claude Vincent menaient des efforts comparables sur les coûts de collecte et de traitement des OM, l’Assainissement également

      Présentation de l’auteur

      Pierre MALHIERE est entré à la Communauté Urbaine début 1971 comme juriste de l’Atelier d’urbanisme (a). «Secrétaire» de la coordination ATURCO-Aménagement urbain- service administratif communautaire (b) et DDE («GEP»), présidée chaque semaine par le Vice-président Rollet, il a aussi participé à la première étude des Monts d’Or et au premier POS du secteur centre. A partir de 1974, il a été le «permanent» du Groupe Planification(c) auquel M.Meulet avait demandé la tâche alors inouïe et unique en France de confronter les POS en cours d’élaboration, les infrastructures à réaliser et les financements nécessaires. Il a élaboré le Programme d’Action Foncière, mis en application sous l’autorité caustique de M.Déchenaud, Secrétaire général adjoint (d), et participé aux premières études sur le fonctionnement marché du logement (e). En 1982, sur une idée audacieuse de M.Valéro, l’autre Secrétaire général adjoint, il a créé ex nihilo le service des gestions déléguées, avant de succéder de toute urgence à M.Crespi à la direction du service des Finances. Quittant la fonction publique territoriale en 1990 pour des raisons statutaires, il a exercé vingt ans la profession d’Avocat.

      (a) Que peut-on bien faire d’un juriste en urbanisme ? ironisera un universitaire parisien dans une revue
      (b) dirigée par Robert Jacquin, «5ème division» d’une administration qui n’avait que six directeurs en tout et pour tout
      (c) Michel Soulier ATURCO, Pierre Pijourlet Aménagement urbain, Michèle Etienne chef du Budget au service des Finances
      (d) avec le Service foncier, Michel Mure chargé des «ZIF» (futur DPU) et le Service des Finances
      (e) avec Michel Soulier en liaison avec la DDE, la DRE et l’Oream

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