Face aux bidonvilles lyonnais, le progrès des « grands ensembles »



Publié dans l'épisode n°0 - L'agglomération avant la Communauté Urbaine le Vendredi 30 janvier 2009.
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La construction de la ZUP de la Duchère (© Agence d'urbanisme - Lyon)

Dans la mémoire collective, la France des années 1960 coïncide avec un besoin de nouveaux logements sans précédent. Il faut rappeler en effet l’ampleur de la demande. Durant la décennie, l’indice de fécondité moyen de la population française s’élève à près de 2,8 enfants par femme, tandis que près de 900 000 personnes arrivent de l’étranger en 1962, dans le sillage de la décolonisation. L’époque est aussi marquée par un mouvement d’exode rural qui traduit le recul de l’emploi agricole au profit de l’emploi industriel.

L’agglomération lyonnaise sera aux avant-postes de ces évolutions. L’essentiel de sa croissance démographique depuis l’après-guerre s’est fait sur une période de 15 ans, de 1955 à 1970, durant laquelle elle gagne près de 300 000 habitants. Faute de pouvoir répondre à l’ampleur des besoins en matière de logement, plusieurs bidonvilles s’installeront en son sein. En réponse à cette urgence, l’urbanisation des zones périphériques de l’agglomération est apparue comme une évidence.

Plusieurs Zones d’Urbanisation Prioritaires (ZUP) ont été mises en chantier entre le milieu des années 1950 et le milieu des années 1970. Aujourd’hui largement décriés, notamment pour leur conception industrielle et leur gigantisme, les « Grands Ensembles » de logements constituaient pourtant un progrès incontestable à l’époque. L’amélioration des conditions de vie qu’ils ont permis reste encore dans les mémoires…



Récit en images de l’essor démographique des années 1960 et de la création des ZUP

Conception, réalisation et images : Vartan Ohanian



Témoignage de Franck SCHERRER : “L’ampleur du besoin de logement résulte de la conjonction de différents facteurs”

Franck SCHERRER : directeur de l’Institut d’Urbanisme de Lyon, auteur d’une thèse sur le rôle de l’assainissement dans la construction politique de l’agglomération lyonnaise



Témoignage de Bruno POLGA : “Les secteurs en difficulté étaient localisés à proximité des grands sites industriels”

Bruno POLGA : 1er adjoint au Maire de Saint-Priest de 1977 à 1983, Maire de Saint-Priest de 1983 à 2003, Conseiller communautaire de 1983 à 2008, Vice-président de la Communauté Urbaine de 1995 à 2008 (en charge successivement de l’eau et de l’assainissement, de l’habitat, de la propreté)



Témoignages de Charles DELFANTE

Charles DELFANTE (1926-2012) : Ancien directeur de l’atelier d’urbanisme de la ville de Lyon (ATURVIL) et de l’atelier d’urbanisme de la Communauté Urbaine (ATURCO), Conseiller permanent auprès de l’agence d’urbanisme de Lyon



Enquête sur les bidonvilles lyonnais en 1969



Témoignage d’André GERIN : “Les ZUP sont le prolongement du mouvement de la résistance”

André GERIN : Maire de Vénissieux depuis 1985 ; Conseiller communautaire de 1985 à 2007 ; Vice-président de la Communauté urbaine de 2001 à 2006 (en charge de la sécurité et de la tranquillité publique)



Témoignages d’André GERIN et de Charles DELFANTE : “On ne peut pas imaginer aujourd’hui la joie qu’ont pu apporter les grands ensembles à l’époque”

André GERIN : Maire de Vénissieux depuis 1985 ; Conseiller communautaire de 1985 à 2007 ; Vice-président de la Communauté urbaine de 2001 à 2006 (en charge de la sécurité et de la tranquillité publique)
Charles DELFANTE (1926-2012) : Ancien directeur de l’atelier d’urbanisme de la ville de Lyon (ATURVIL) et de l’atelier d’urbanisme de la Communauté Urbaine (ATURCO), Conseiller permanent auprès de l’agence d’urbanisme de Lyon



Le mal logement à Lyon et les opérations de relogement dans les ZUP



Les réalisations des offices Hlm de Lyon et de Villeurbanne (1964)



La Duchère (1970)



3 commentaires pour “Face aux bidonvilles lyonnais, le progrès des « grands ensembles »”

  1. fournier yves | Vendredi 30 janvier 2009 à 18:21

    nos anciens ont su relever des défis grandioses face aux “mal-logement”…. saurons-nous dans notre si beau GRAND LYON, relever les défis d’aujourd’hui….? oserons-nous des réponses dignes aux bidonvilles qui se “dissimulent” autour de nous….?

  2. Serge-S. DERDERIAN | Vendredi 30 janvier 2009 à 2:47

    L’histoire nous rappelle, dans ces documents, que les grands ensembles étaient une réponse à un besoin; réponse attendue et grandement appréciée par les utilisateurs. Néanmoins, cette réponse a peut-être péché du retard accumulé par la conscience collective pour apporter la solution aux problèmes qui résultaient des conséquences de la guerre, des mutations économiques et des migrations humaines. Si je ne tiens pas compte des éventuelles réponses politiques liées à d’autres ministères que celui de l’aménagement du territoire, nous constatons que notre société se trouve régulièrement, tout au long de son histoire, confrontée au problème du mal-logement. C’est notre manière d’appréhender la gestion de notre vie qui nous porte à porter notre attention sur ce que nous jugeons être des priorités. Les priorités, dès lors qu’elles deviennent des urgences, font apparaître l’état de crise. Celles-ci font se déclencher provoquent des actions volontaristes.
    Si les bidonvilles de cette époque ont provoqué la mise en action d’une certaine politique de rénovation urbaine, nous constatons que d’autres actions d’envergure ont également été lancées. Elles peuvent paraître moins significatives mais il faut leur reconnaître le mérite d’avoir, en profondeur, changé le paysage habituel de l’immobilier ancien: la politique de réhabilitation, très active dans les années 1970/1980, que le PACT (dont les trois dernières lettres du sigle voulaient dire ACTION CONTRE LE TAUDIS), associé à la Fédération Nationae d’Amélioration de l’Habitat (FNAH), devenue par la suite l’A NAH, ont accompagnée.
    Aujourd’hui, l’ampleur du besoin de nouveau logements résulte de la conjonction de facteurs différents qui nous portent une nouvelle fois à imaginer régler une situation d’urgence.
    La science urbanistique s’efforce, comme toute autre pratique réfléchie, de trouver les formules sans défaut du développement. Ce dernier confirme néanmoins son essence: la reconstruction se fait également sur la ville en tenant compte des adaptations nécessaires de ce qui n’a pas été pris en compte à un moment où la conscience de certains besoins n’existait pas. Pour exemple, quelles seront les conséquences des besoins d’économie en énergie sur le renouvellement urbain. Comment règlerons nous les problèmes issus de l’immobilier neuf d’aujourd’hui qui devient l’immobilier ancien de demain?

  3. Paul Latreille | Vendredi 30 janvier 2009 à 11:10

    Ces rappels de l’état d’esprit des citoyens mal logés face aux grands ensembles à l’époque de leur construction est passionnant : à l’heure où l’on diagnostique mal les difficultés dans ces “Grands Projets de Ville”, il faudrait mettre en tête des avis exprimés ces archives , surtout avant l’avis des urbanistes ou politiques, toujours contents de leurs réalisations ou de leurs soutiens à la cause, autrefois comme aujourd’hui.

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