Episode n°10: Les politiques de la ville et de l’habitat: donner la même qualité de vie à tous les quartiers et à tous les habitants



Publié dans l'épisode n°10 - Les politiques de la ville et de l'habitat le Jeudi 10 juin 2010.

photo

Construction de la Duchère à Lyon en 1960 (© Agence d'urbanisme - Lyon)

Autre domaine d’intervention investi par la Communauté Urbaine à partir des années 1980 et surtout des années 1990, le développement social et l’habitat renvoient à des problématiques qui vont émerger peu après la création de l’institution communautaire. En effet, au tournant des années 1970, la France est toujours aux prises avec une crise aiguë du logement tant en termes quantitatif que qualitatif. D’une part, l’exode rural, le baby-boom et la décolonisation génèrent des besoins sans précédents. D’autre part, les destructions des deux conflits mondiaux ont aggravés le déficit de logements urbains que connait la France depuis la révolution industrielle, tandis que l’absence d’investissement au début du 20ème siècle a entrainé une dégradation avancée du parc ancien. Cette situation d’urgence va conduire l’Etat à intervenir de façon particulièrement volontariste dans un domaine qui relevait jusqu’ici de la sphère privée : le logement. Créée par décret en décembre 1958, la procédure d’urbanisme opérationnel des « Zones à Urbaniser en Priorité » (ZUP) va ainsi permettre la création ex-nihilo de quartiers nouveaux à la périphérie des agglomérations. Ces « grands ensembles » de logements constituent également un progrès incontestable en matière de confort et de mixité sociale.

Toutefois, ce modèle des ZUP va rapidement montrer ses limites. Ces quartiers vont entrer en crise au moment même où ils laissent entrevoir la fin de la pénurie de logements. Offrant une réponse massive à la crise quantitative, ils vont être pris à contre-pied par la question qualitative du mode d’habitat. Caractérisées par une architecture très standardisée (le « chemin de grue »), avec une sur-représentation de l’habitat social et un déficit d’équipements, les ZUP apparaissent progressivement comme une simple étape dans un parcours résidentiel dont l’aboutissement s’oriente désormais vers la maison individuelle. Alors que les classes moyennes rejoignent ce nouvel eldorado, les grands ensembles s’enfoncent dans une spirale de paupérisation et de dégradation. Avec les premières émeutes dans les banlieues au début des années 1980, on prend conscience que la crise de l’habitat et la crise sociale se sont substituées à la crise du logement.

Les difficultés des grands ensembles vont susciter la mise en place de plusieurs dispositifs d’action publique oscillant entre traitement des lieux et accompagnement des habitants. D’abord portés par l’Etat et les communes, ceux-ci vont être progressivement appropriés par la Communauté Urbaine qui se lance dans l’aventure de la politique de la ville à partir des années 1980. Après plusieurs décennies d’efforts, les progrès constatés ici et là n’ont cependant pas encore permis de réinsérer complètement ces quartiers dans la ville.

Par ailleurs, le tournant du 21ème siècle sonne le retour de la question du logement. Depuis la fin des années 1970, les acteurs du logement s’accordaient pour dire que le rattrapage de l’offre sur la demande était acquis et que la construction neuve devait simplement accompagner l’accroissement du nombre de ménage et renouveler le parc obsolète. Les difficultés des quartiers d’habitat social et le retournement du marché immobilier au début des années 1990 ont conduit à mettre l’accent sur la réhabilitation du parc de logement plutôt que sur son extension. Mais la montée du discours sur le mal logement, l’ajustement à la hausse des projections démographiques de l’INSEE et le renchérissement des prix du marché de l’immobilier vont convaincre les acteurs publics et privés de la nécessité de construire davantage de nouveaux logements. C’est l’un des principes directeur du nouveau Plan Local de l’Habitat adopté en 2007 par le Grand Lyon.


Avec les témoignages vidéos de :

Jean-Pierre CHARBONNEAU, Maurice CHARRIER, Bruno COUTURIER, André GACHET, André GERIN, Catherine GRANDIN-MAURIN, Rachel MIGNARD, Michel NOIR, Rémi NOUVEAU, Bruno POLGA, Christine SERVILLAT, Bruno VOISIN


Au sommaire de cet épisode :

  • Dès le milieu des années 1970 s’amorce la descente aux enfers des ZUP (voir les vidéos)
  • 1981, « l’été chaud des Minguettes » scande le mal-être des jeunes des grands ensembles (voir les vidéos)
  • Au début des années 1980, l’Etat met en place des dispositifs d’actions novateurs pour les quartiers en difficulté (voir les vidéos)
  • Dès le départ, la Communauté Urbaine est appelée à prendre part au sauvetage des ZUP (voir les vidéos)
  • Au tournant des années 1990, la Communauté Urbaine affirme sa volonté de jouer un rôle de premier plan dans la nouvelle « politique de la ville » (voir les vidéos)
  • 1982-1995, de la Commission Permanente pour l’Habitat Social au premier Plan Local de l’Habitat : la question de l’habitat devient une préoccupation d’agglomération (voir les vidéos)
  • Les années 2000 renforcent l’articulation des politique de la ville et de l’habitat autour de l’enjeu du renouvellement urbain (voir les vidéos)
  • 2004-2007, l’élaboration du nouveau PLH : le Grand Lyon s’affirme comme le chef de file de la politique de l’habitat dans l’agglomération (voir les vidéos)
  • Quel bilan après 30 ans d’efforts ? Des quartiers revigorés, des habitants toujours fragiles, des parcours résidentiels sous contrainte (voir les vidéos)
  • Les politiques de la ville et de l’habitat au futur (voir les vidéos)
  • Au prochain épisode


  • Laisser un commentaire