Une vie d’agglomération parasitée par les frontières départementales



Publié dans l'épisode n°0 - L'agglomération avant la Communauté Urbaine le Vendredi 30 janvier 2009.
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L'agglomération dans les années 1960 (© Agence d'urbanisme - Lyon)

Avant même de devenir un véritable territoire politique, l’agglomération lyonnaise est d’abord une réalité urbaine. Celle d’une ville-centre dont l’étroitesse du territoire se traduit par un “déversement” du développement urbain chez les communes voisines. Le territoire à enjeu apparait d’emblée supra-communal. C’est également une vie quotidienne qui met en scène la dépendance des habitants de la périphérie vis-à-vis de Lyon pour accéder aux artefacts de la société de consommation.

En même temps, survoler l’agglomération lyonnaise de cette époque, c’est aussi se rappeler de l’absurdité des limites départementales. Caluire et Cuire, Saint-Priest, Bron, Vénissieux et Saint-Fons forment la frontière Est du Rhône. Au delà, on est dans l’Ain ou l’Isère. L’ancienneté et la symbolique de ces frontières érigent une sorte de mur invisible au sein même de l’agglomération. Les années 1960 offrent ainsi le spectacle d’une agglomération qui ne dit pas son nom. Une agglomération qui existe dans les faits avant d’exister dans les esprits.


Portrait de l’agglomération lyonnaise au début des années 1970



Témoignage de Franck SCHERRER : “Dès cette époque, du fait de l’étroitesse de la ville centre, les problèmes se posent nécessairement à l’échelle de l’agglomération”

Franck SCHERRER : directeur de l’Institut d’Urbanisme de Lyon, auteur d’une thèse sur le rôle de l’assainissement dans la construction politique de l’agglomération lyonnaise


Témoignage de Bruno POLGA : “Les villes de banlieues vivaient dans la dépendance de Lyon pour un grand nombre de services et d’équipements”

Bruno POLGA : 1er adjoint au Maire de Saint-Priest de 1977 à 1983, Maire de Saint-Priest de 1983 à 2003, Conseiller communautaire de 1983 à 2008, Vice-président de la Communauté Urbaine de 1995 à 2008 (en charge successivement de l’eau et de l’assainissement, de l’habitat, de la propreté)


Témoignages de Jean PELLETIER et Charles DELFANTE : “La raffinerie a pu s’implanter parce que Feyzin était à l’époque dans l’Isère”

Jean PELLETIER : Agrégé de géographie ; Professeur de géographie à l’Université Lumière Lyon II de 1958 à 1994 ; Conseiller permanent auprès de l’Organisations d’Etudes d’Aménagement de l’Aire Métropolitaine lyonnaise (OREAM), de l’atelier d’urbanisme de la ville de Lyon (ATURVIL), de l’atelier d’urbanisme de la Communauté Urbaine (ATURCO), de l’agence d’urbanisme de Lyon, de la Communauté Urbaine de Lyon
Charles DELFANTE (1926-2012) : Ancien directeur de l’atelier d’urbanisme de la ville de Lyon (ATURVIL) et de l’atelier d’urbanisme de la Communauté Urbaine (ATURCO), Conseiller permanent auprès de l’agence d’urbanisme de Lyon



Un commentaire pour “Une vie d’agglomération parasitée par les frontières départementales”

  1. Serge-S. DERDERIAN | Vendredi 30 janvier 2009 à 3:14

    Les problèmes évoqués dans ces témoignages me laissent le sentiment d’avoir pour socle la solidarité et la culture, en opposition au repli sur soi-même. C’est bien un des enjeux de l’urbanisme.
    Les limites de nos bonnes volontés apparaissent dans les tracés des frontières territoriales qui peuvent gêner les accroches entre les différentes politiques ou volontés locales. Celles-ci évoluent, comme certains témoignages le rappellent.
    Parallèlement à ces frontières départementales fortes, d’autres frontières existent et y contribuent; ce sont celles de voisinage, d’ilots, de quartiers, d’arrondissements, de communes. Après celles qui sont départementales, il y a celles de régions, de langues, de nation, etc.
    Fort heureusement, nous savons que celles-ci se distendent, s’assouplissent et s’étirent avec le temps. La force des choses vient d’elle-même démontrer ce qui doit être ou ce qui ne devait être.
    Dans ces quelques témoignages, je ressens que les villes alentours se sont, en certains endroits, un peu uniformisées, tout comme les quartiers périphériques de la ville de Lyon se sont également banalisés pour aider à l’accroche esthétique avec la commune voisine. A ce jeu de rapprochement, une perte d’identité ou de relief de caractère vient à s’estomper. Parfois, c’est le regrettable mitage du foncier qui fait fonction de liant. Ce mitage est une solution transitoire qui devra, dans un futur lointain, être certainement retraité car elle est dommageable à tous les niveaux (esthétique, voiries, assainissement, etc.)
    Une remarque connexe attachée également à un sentiment de perte d’identité que je perçois fortement pour les vieux quartiers lyonnais. Peut-être que l’étroitesse de la ville centre de cette agglomération lyonnaise a pu générer une forme d’altération de la perception de leur âme, laquelle se fait plus discrète ou plus fondue que dans les années 1960/70. Nous avons assisté à une migration/émigration, une forme de double flux ou une certaine population venait acquérir des appartements dans ces quartiers “anciens de Lyon”, alors que certains locataires de ces immeubles se déplaçaient vers la périphérie en traversant quelques limites frontalières de quartiers, d’arrondissements, de communes ou de départements de manière centrifuge. A mon sens, ce phénomène de migration catégorielle est également une forme de parasitage dû aux frontières.

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